Récit d'accouchement

Publié le par Dudley

Je suis maman.

J'ai un beau bébé.

Mais je n'ai pas eu un super accouchement.

Encore une fois, malgré mon souhait, j'ai eu besoin de la médecine...

 

Mon accouchement...

 

Nous sommes le 19 novembre 2013.


Les sages femmes ont enfin accepté de me déclencher, au bout de 9 mois + 5 jours... Je n'en peux vraiment plus.

 

9h: inscription à la mater, pas de précipitation, je suis la seule sur "le point" d'accoucher.

 

9h30: pose du tampon d'hormones pour lancer les choses. Je me sens bien. On me perfuse et on me met sous monitoring. Je suis à 1 doigt et demi.
Les contractions commencent. Eh oui, il faut dire que jusque la, je n'en avais pas vraiment eu.
D'ailleurs, elles sont un peu douloureuses mais largement supportables!
Au bout de quelques heures, la sage femme me fait une piqûre d'un produit dont je ne connais pas le nom mais dont l'effet est immédiat et troOp bien! Je plane. Je suis à ouverte à 2.
J'essaie le bain, je me détends au départ puis je me sens à l'étroit, j'ai besoin de bouger.

 

12h: monsieur m'abandonne pour aller manger. On m'apporte également mon repas et je me dis que c'est le dernier que je vais sûrement prendre. Et je l'espère! Car ça veut dire que je serais sûrement en train de pousser en fin de journée!

 

13h30: monsieur revient. Il ne fait pas beau mais nous décidons d'aller faire un tour à pied. Nous faisons le tour complet de l'hôpital. J'ai des contractions et j'ai mal. Je suis motivée parce que je me dis que le travail avance.

 

14h30: de retour dans la chambre, on m'examine: je suis à 3! Yes! J'ai fait avancer les choses.
Pourtant, le temps passé et rien ne se passe. Je reste à 3...

Vers 15h: la sage femme décide de percer la poche des eaux pour accélérer le mouvement. Il y a énormément de liquide même un peu trop. Les contractions deviennent vraiment douloureuses.

 

L'après-midi se passe tant bien que mal. Je n'ai pas le droit à une deuxième piqure de bien être... Nous voilà au repas du soir. Une petite voix dans ma tête est en train de me dire que la césarienne me guette...

 

La sage femme passe et je suis toujours à 3... Bébé va bien (merci le monito) mais rien n'a bougé.


Cette gentille sage femme me dit qu'elle va voir pour poser la péri de façon à ce que je me détende et selon elle, ça va aider au travail.

 

20h30: direction la salle d'accouchement pour la pose de la péri.
"Faites le dos rond madame!"
Ouais bah ce n
est pas simple avec ce si gros bidon. Après quelques difficultés, la péri est posée et je me sens extrêmement bien. Je suis sûre que ça va aller vite... Mais voilà que la petite voix me reparle de la césarienne.

 

21h: La sage femme m'examine et je suis encore et toujours à 3. Je commence à croire que la petite voix a raison et je demande à la sage femme ce qui se passera si on passe en césarienne.
Elle me dit de ne pas m'inquiéter et de me détendre. Elle reviendra dans 1h.

Monsieur et moi discutons.

 

22h: toujours à 3. Et pour la première fois, la sage femme me parle de la césarienne.
Ce sera simple car j'ai déjà la péri.

 

23h: encore et toujours à 3. La sage femme n'a plus vraiment d'espoir d'un accouchement par voix basse...

Elle reviendra dans 1h. Et si je suis toujours à 3, ce sera la césarienne... J'en étais sûre...

 

Minuit: dernière observation, toujours à 3. Le verdict tombe... C'est parti pour la césarienne.


Comme c'est en "urgence" (bébé pas en danger mais non programmée) monsieur ne sera pas avec moi. On me prépare et la pression monte et les larmes qui vont avec mais j'essaie de me contenir devant monsieur.

 

Et c'est parti.


Installation dans la salle.


Je ne peux plus retenir mes larmes.
Elles coulent doucement sur mes joues.
J'ai échoué, je n'ai pas réussi à accoucher sans la médecine.


Tout se précipite. J'entends les voix qui me disent que tout va bien se passer.
Je me sens seule et surtout, je sens ce qui se passe.


Je suis spectatrice de mon accouchement que je considère uniquement comme une extraction pure et simple.


Sortir mon bébé à l'air difficile pour le gynécologue et je pleure de plus en plus. Mon corps refuse de le laisser sortir. Je sens qu'on force les choses et je m'en veux tellement.


J'ai des sensations très désagréables mais on me dit que ce n'est pas possible. Pourtant je sais ce que je sens mais personne ne m'écoute. Même moi j'ai l'impression de subir l'accablement et la défaite physique et morale.
Le gynécologue ajoute "la, y'a du bébé! Je dirais entre 4kg et 4kg500!"


Mon corps tremble et mes larmes ne s'arrêtent plus.
La sage femme me dit que c'est normal à cause de la chute rapide des hormones.

 

Je réalise que je n'ai même pas été capable de gérer la naissance de ce bébé que j'ai si longtemps désiré.

 

Je me rends à peine compte qu'il est sorti. Je m'en veux tellement de ne pas être la première personne qu'il a vu, qu'il a senti... Je suis à l'ouest...

 

Je suis perdue, je veux bouger, je me sens mal et je ne me rends même pas compte que mon bébé est la, il va bien, il est tout près de mon visage et je le vois à peine.

La culpabilité m'accable et les seuls mots que je peux lui dire sont "excuse moi mon bébé, excuse moi, excuse moi, excuse moi..."
"Dites bonjour Zouzou madame! Appelez-le par son prénom!"
Et je répète inlassablement "Excuse-moi de ne pas y être arrivé mon bébé..."
"On va l'emmener, il va très bien. On va le donner au papa en peau à peau."

 

J'ai envie de bouger, la rage monte et j'en veux à la terre entière. Et mes larmes sortent de plus belle...


Je commence à atterrir et je veux voir mon bébé, laissez moi partir...

 

Le temps devient long. Je réalise. Je ne suis plus enceinte. Je suis vide. Et je ne suis pas auprès de mon bébé... Je ne suis pas auprès de lui pour ses premières minutes de vie.


Me dire qu'il est avec son papa me paraît être une maigre consolation...


Moi qui a eu autant de mal à l'appeler autrement que "le bébé" je ressens le besoin de le voir, de le sentir, de le garder tout près de moi et de personne d'autre.

Et pourtant j'ai peur.

On me recoud et j'ai eu une vision que j'aurais préféré ne jamais voir. Un portant en métal à fait un miroir et j'ai vu du rouge... Je n'arrive pas enlever cette image. Je demande qu'on bouge ce portant mais le mal est fait.

 

Un téléphone sonne et la sage femme à l'air de ne pas en croire ses oreilles.
Elle s'approche de mon oreille et me dit: "vous avez fait un beau bébé, il fait 4kg460".
Je ne tilt pas...
Quelques minutes passent et mon cerveau s'allume et je demande qu'elle me répète l'info...

 

Et elle me répète qu'il fait bien 4kg460.
Ma première idée à été de me dire qu'il m'a dépassé de pile poil 300g.
Étrangement, un sentiment de fierté m'envahit. Et je me dis: "finalement, on à bien fait de passer par la césarienne!"
"Je suis entièrement d'accord!"
J'ai prononcé cette phrase à voix haute et le gynécologue m'a répondu.
Je commence à me dire que ce n
était peut-être pas si mal cette césarienne. Et pourtant, mon cerveau se connecte à la réalité et j'en veux à la vie de m'avoir encore obligé d'avoir besoin de la science.


Et pourtant, je ne pense qu'a mon bébé.


Et je vaque à mes pensées entre la culpabilité et la réalité en attendant qu'on me sorte de cette fichue salle et que je voie mon bébé.

 

L'heure arrive enfin, j'ai le droit de sortir et d'aller dans la salle de réveil.

La encore je suis seule...


Et finalement, une infirmière arrive pour me tenir compagnie. Nous discutons et elle m'aide à passer le temps.

 

Encore un coup de téléphone.


Elle murmure "je demande à la maman et je te redis"...


Elle s'approche et me demande si je me sens capable de faire la tétée d'accueil.


Il est né à 0h56 et la, à 2h30 je sais que je vais vraiment le rencontrer et que nous allons enfin commencer notre vie de maman et bébé, de Julie et Zouzou...


Je dis oui, je me retiens de ne pas le hurler! De ne pas lui dire de se dépêcher!


La porte s'ouvre et je vois mon homme suivi par la sage femme et mon joli bébé.


Elle lui enlève sa couverture, il est en couche, elle soulève ma chemise de nuit et elle le colle contre moi.


Il trouve mon sein tout seul et je peux enfin le sentir, le toucher, le caresser... Il est tout à moi. Plus personne ne pourra me l'enlever. Il est à moi.


Le temps s'arrête et je n'oublierai jamais le regard qu'il a eu et je l'ai senti se détendre et être bien contre moi...

 

Il est l'heure de monter dans la chambre et quelle chance, je le garde dans mon lit tout contre moi.

 

Il est 3h15 et notre vie commence.

 

Bonjour Zouzou, je suis ta maman et je ferais en sorte que ta vie soit belle et que tu sois heureux quoi que tu fasses. Je serais toujours la pour toi. Peut-être que tu me détesteras mais jamais je ne tabandonnerais. Je t'aime.

 

Voici le récit de la venue au monde de mon fils. Je ne considère pas avoir accouché, la réalité à été rude mais elle fait partie de mon histoire.

 

 

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C
J'ai des frissons à lire ton magnifique témoignage ! Ton parcours a été atrocement difficile mais la conclusion est si belle. C'est tellement émouvant de voir à quel point tu aimais cet enfant avant même qu'il existe. Je suis vraiment heureuse pour toi.<br /> <br /> Petit aparthé sur une coïncidence : je tombe sur ton blog alors que ton petit bout vient pile d'avoir 1 an hier... (et que moi j'ai fait une fausse couche ultra-précoce aujourd'hui, à 2 semaines supposées de grossesse, vu que le test de grossesse était trop précoce pour la détecter, alors que moi je sentais bien que mon corps faisait des trucs bizarres. snif.) Et en plus on a le même âge toutes les deux (je suis du 24 septembre 84) !<br /> Mais si je comprends bien, c'est aussi un peu votre anniversaire à vous, les deux parents... Celui du bonheur !<br /> Comme j'ai un peu l'impression de te comprendre, je t'envoie mille sourires même si je ne te connais pas. :)
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G
Toujours émouvant les récits de grossesse, mais après un parcours comme le tien évidemment c'est encore plus "prenant" !<br /> Je pense qu'on ne peut pas comprendre, "nous" les mamans qui n'avait pas eu besoin du recours à la médecin pour tomber enceinte ou pour accoucher quel sentiment ça fait, mais en tous les cas, le<br /> résultats est là il est trop beau et tu sembles comblée !
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